Qui ne s’est jamais ennuyé lors d’une séance de codéveloppement ? Peut-être celui qui n’en fait pas beaucoup … et encore ! Mais pour les animateurs, les férus de codev, les participants addicts qui le vivent régulièrement, l’ennui peut parfois poindre.

Qu’en faire ? Qu’en déduire ? Et comment être vigilant aux risques qui en découlent (décrochage, choix d’un sujet parce qu’il paraît plus « croustillant », manque d’implication, etc).

Découvrez dans cet article, 6 vertus de l’ennui en codev !

1. L’ennui en codev, une preuve d’utilité ?

Avez-vous déjà rencontré des participants qui présentent deux sujets en disant que l’un des deux plaira probablement davantage au groupe ? L’enjeu en codéveloppement n’est pas de plaire, ou présenter un sujet qu’on se figure « intéressant pour tous ». Aussi, si l’ennui pointe le bout de son nez à certaines occasions, c’est peut-être bien un signe que le sujet amené et retenu n’est pas là pour « amuser la galerie » ou faire consensus.

2. L’absence d’ennui, pas pour autant une preuve de pertinence ?

On voit parfois, quand le choix du sujet (avant d’être validé par le client pressenti) est proposé au groupe, un consensus sur des sujets susceptibles d’être plus chargés en émotion. On aime un bon conflit, une situation tendue, un peu inédite, qui sort de son quotidien et fait appel à notre curiosité humaine pour tout ce qui a trait au « sensationnel ». Et pourtant, ce ne sont pas forcément ces sujets qui offrent le plus d’occasions d’apprentissage collectif. Car c’est bien là l’enjeu du codev, apprendre par et avec les autres.

3. L’ennui, une source de progrès pour le groupe ? 

 

« J’ai déjà été concerné par cette situation et je l’ai déjà résolue par le passé », ai-je entendu en fin de séance, d’un participant, un peu las. Ç’a été une occasion pour tout le groupe de se questionner sur le codev et sa philosophie. Comme évoqué plus haut, on ne traite pas d’un sujet de codev comme on résoudrait un casse-tête qui, une fois résolu ne présente plus de saveur. 

En codev, dans un groupe sur la durée, on apprend à faire l’effort de passer de la « consommation » à la contribution. Je contribue à questionner le sujet dans son unicité par rapport à la personne qui le présente, même si j’ai un sentiment de « déjà-vu ». Je contribue en me questionnant moi-même sur mon parcours, mon évolution, mon appréhension des choses, et je provoque les occasions d’apprentissage au cours de la séance. C’est en effet l’une des vertus du codev que de faire passer progressivement de la doléance à l’action, de la consommation à la contribution. 

4. Pourquoi vivons-nous l’ennui comme un signal négatif ? 

 

Si l’ennui nous renvoie à l’absence de mouvement vers l’autre et le monde (absence d’intérêt, vide de sensations, d’idées ou de désir), il nous confronte souvent à nous-mêmes et nous permet de sortir de nos illusions (Schopenhauer). En quelques sorte, celui qui s’ennuie s’approche de la sagesse. On parle d’un « ennui mortel » à propos quand l’ennui nous confronte douloureusement à la réalité (d’après certains philosophes, certes bien pessimistes !). 

Dans cet ennui, il y a une forme de mise en retrait. Je me met en retrait de ce qui se joue et j’arrive ainsi à constater que je m’ennuie. Et si cette prise de hauteur était nécessaire à une réflexion plus ajustée et sainement désintéressée ? Par exemple, l’étape de clarification n’est pas destinée à satisfaire ma curiosité à travers des questions, ni à satisfaire mon ego en posant des questions pour « coller » le client, qui attendent un « ah oui, en effet, c’est une bonne question ! ». De là à déduire qu’une forme d’ennui est nécessaire pour contribuer de façon ajustée …

 

5. L’ennui, une donnée qu’on peut analyser de façon systémique ? 

Lorsque je m’ennuie, suis-je le seul à m’ennuyer ? Il y a fort à parier pour que d’autres que moi soient pris dans cet état. Quelle que soit la réponse, si je m’ennuie et que les autres pas, je peux probablement en apprendre quelque chose. En revanche si l’ennui est partagé par d’autres, voire même par le client de séance, que pouvons-nous en retirer en terme d’apprentissage ? 

Une situation vécue lors d’une séance que j’animais il y a quelques années s’approche de cette idée : la cliente expose son sujet et un fort ennui s’installe dans tout le groupe (celui qui vous fait mettre la tête dans les mains). La cliente s’interrompt pour nous dire : « excusez-moi mais j’ai vraiment l’impression de vous ennuyer » (il faut préciser par ailleurs que nous étions à distance et sans vidéo, son intuition était juste). Le groupe a nié poliment et s’est plongé dans une écoute très attentive (probablement pour épargner à la cliente ce sentiment qu’on ne souhaite à personne). Eh bien … le sujet est devenu passionnant ! Notre implication a changé la sienne et la teneur de son sujet (dont je ne me souviens malheureusement plus suffisamment pour pousser l’illustration). 

Qu’est-ce que l’ennui du groupe, ou du client, ou des deux, peut nous apprendre sur le contenu du sujet, sur le rapport du client à ce sujet et des parties prenantes liées au sujet ? 

6. L’ennui, source de créativité ? 

En neurosciences, on dit aussi que l’ennui permet d’accéder à d’autres pensées, apparemment déconnectées, une sorte de flow qui peut amener une nouvelle créativité… Ne dit-on pas d’un enfant qu’il faut qu’il s’ennuie pour aller chercher au fond de lui une énergie d’exploration et d’inventivité ? Aussi, pourquoi ne pas questionner les participants d’un groupe à le troisième ou quatrième séance : « si vous avez ressenti de l’ennui, à votre avis, vient-il de … ? ». C’est sans doute une façon de l’exploiter au service de l’apprentissage et de le désacraliser (pour le groupe ET pour vous animateurs qui le redoutez souvent) !

… Parce que cet article est le premier de l’année, je vous souhaite, chers lecteurs, beaucoup de bonheur et suffisamment d’ennui !

Animatrice certifiée en Codéveloppement Professionnel, et passionnée par les enjeux d'intelligence collective à distance, Olga anime et forme aux nouveaux usages d'animation à distance.

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